En provenance d’Ecosse, l’artiste Soom T fait figure d’ovni dans le
paysage de la scène Dub européen. Avec ses lyrics tranchants teintés
d’humour, servi par une voix à la fois angélique et percutante, Soom T
impressionne par l’énergie qu’elle dégage sur scène. De passage à Paris
le 30 janvier dernier sur la scène du Glazart, MC Soom T a accepté de se
livrer au jeu des questions réponses pour Large Up. Rencontre.
Soom T peux-tu te présenter et nous dire d’où tu viens, où as-tu grandi ?
Je suis née à Glasgow (Ecosse) et c’est là que j’ai grandi. Quand j’avais 12 ans nous sommes partis avec mes parents vivre une année en Inde puisque c’est de là que vient ma famille, puis nous sommes revenu à Glasgow. C’est une ville plutôt cool à vivre. Bien sûr j’y ai eu des hauts et des bas, mais de manière générale je dois dire que je suis assez fière d’avoir grandi dans cette ville ; c’est un endroit sympa et chaleureux. Et puis Glasgow a toujours été politiquement turbulente, beaucoup de gens y on une conscience sociale prononcée. C’est peut être un des derniers endroits du Royaume Uni où les mouvements sociaux sont encore actifs. Enfin tout du moins jusqu’à ces dernières années où une mauvaise campagne de propagande diffamatoire a été lancé contre Tommy Sherridan le leader du partie socialiste qui était accusé d’être impliqué dans différentes affaires. Il n’ont jamais vraiment réussi à prouver leur allégation. Bref j’ai le sentiment que les gens sont très remontés sur les problèmes sociaux parce qu’il y a beaucoup de pauvreté à Glasgow. C’est très inspirant de voir que les gens peuvent s’unir dans une action politique pour tenter de changer les choses. Tout ça pour dire qu’on en apprend beaucoup sur l’endroit où l’on a grandi car on y voit les problèmes auquel sont confontés les gens. Voir comment les gens peuvent devenir si engagés pour changer tout ça. Et pendant ce temps là situation ne semble pas changer voir même s’empirer. J’ai donc été très largement inspirée par ma vie à Glasgow et l’unité entre les gens que j’ai pu observé. Même chose du côté des clubs et de la scène musicale, il y avait une certaine unité entre les artistes sans aucun esprit de compétition. Voilà un aperçu d’où j’ai grandi : un endroit vraiment cool, diversifié, multi-culturel, et finalement assez joyeux.
Est-ce que tu peux nous parler des tes « origines » musicales, et notament de tes parents qui étaient musiciens également ?
Mes parents n’étaient pas des musiciens professionnels, mais ils étaient tout deux de merveilleux chanteurs. Mon père chantait souvent dans les mariages, et il s’enregistrait souvent aussi à la maison et on adorait l’écouter. Ma mère passait tout son temps à chanter aussi, des chants de prières du Penjab , elle chantait cela dans la cuisine à longueur de journée. Elle chantait surtout quand mes sœurs et mes frères et moi étions là. La musique faisait intégralement partie de ma famille. Tous mes frères et sœurs avaient des goûts musicaux très différents ce qui nous a appris à aimer toute sorte de styles. Parce que ce sont mes frères et sœurs je les aime pour leur différence et leur diversité. L’unité prime sur la diversité. On peut tous être très différents mais on s’aime tous profondemment. On est une famille magnifique. Mon grand frère me faisait écouter du Death metal et du Punk, ma sœur me faisait écouter de la Pop, ce qui ne nous empéchait pas d’apprécier les choix de chacun. C’était un bel exemple de tolérance pour moi, plutôt que de dire « Ah ton style de musique c’est que du bruit !”
Parlons maintenant de tes débuts dans la musique et comment tout à commencé pour toi dans l’écriture de tes chansons.
J’ai commencé très jeune en écrivant des poèmes, aussi loin que je peux m’en rappeler ça devait être vers l’âge de 9 ans. Mon père nous encourageait à écrire de la poésie et j’aimais beaucoup ça, c’est une jolie façon de s’exprimer quand on est jeune et qu’on a des soucis. Ça m’a toujours aidé d’écrire quand j’étais énervée ou en colère, et même quand j’étais heureuse, j’aimais bien écrire mes expériences. Plus particulièrement ce que j’ai vu en grandissant à Glasgow et ce que j’ai appris en classe avec mon professeur M. Gots qui a été d’une grande influence dans ma vie parce qu’il m’a su m’intéresser aux vrais problèmes politiques qui m’entouraient dans ma ville et dans le reste du monde. Il m’a fait regarder des films sur Malcomm X, et tant d’autres personnages inspirés et engagés qui ont tenter de faire de ce monde un monde meilleur. Cela m’a énormément influencée dans mes écrits. Quand j’avais 14 ans j’ai monté un groupe avec des copains, c’était pas terrible du genre bruyant et calé sur 3 accords … Mais c’est là que j’ai commencé à jouer de la musique, j’avais tout mes poèmes, et les autres aussi avaient les leurs, alors je me suis dit qu’on pouvait mélanger tout ça ensemble et jouer par-dessus. A l’époque j’écoutait Salt n Pepper et Grand Master Flash et d’autres trucs de ce genre là… Et puis quelques années plus tard j’ai commencé à faire un peu plus de MC dans les soirée. J’étais encore mineure mais un jour j’ai été dans Night Club, et j’ai été parler au DJ en lui expliquant que j’étais MC et que j’aimerais bien animer une soirée dans le club . Alors il m’a dit qu’il voulait d’abord écouter ce que j’avais à lui proposer, donc je lui ai fait écouter ce que je savais faire en Rap. Là-dessus il m’a dit Ok viens jouer le week-end prochain. C’est là que j’ai eu ma première éxprience sur scène en public, enfin je veux dire un autre public que mes frères et sœurs les soirées du nouvel an où je m’amusais devant la camera. A partir de là j’ai commencé à rencontrer des musiciens qui me demandait de rejoindre leur groupe, et pour moi ça a été un moyen de partager mes poèmes. C’était important pour moi de m’exprimer ainsi de cette manière, en créant quelque chose de nouveau par la rencontre avec de nouvelles personnes. C’est de la que j’ai eu le virus de la collaboration musicale avec d’autres gens. Parce que je n’écrivais pas de musique, je chantais et c’était vraiment mon instrument de choix, c’était ce que je voulais faire parce que je sentais que j’étais douée pour ça. Quand j’étais jeune j’ai été très inspirée par la possibilité de dire la vérité, dire la vérité sur la vie, de dire des choses comme « voilà ce que j’ai vu dans ma ville », « voilà comment je m’y sens isolée », « et voici ce que je vois dans les autres », « voilà comment on m’a traitée », et je veux en parler parce que c’est la société qui a créé cela et qui m’a rendu comme je suis. Et cette face cachée de la société devrait avoir son porte-voix. Quand on voit les gens lutter pour survivre. Voir son père travailler dur pour élever ses 7 enfants à Glasgow, et tout d’un coup l’ouverture d’un supermarché le force à fermer sa boutique. Et ce n’est pas juste parce que tu te dis qu’il a bossé dur, et pas seulement ça. Parce que tout ce qu’il a fait en termes de commerce dans le quartier, retournait aux acteurs locaux du quartier. Et c’était comme ça pour tous les petits commerçants du quartier. Quand un hypermarché arrive et remplace tout ça, tout d’un coup tout les 200 petits commerçants qui travaillent dur pour nourrir leur famille tirent le rideau. Tous ça pour qu’un gros supermarché aspire tout l’argent des pauvres gens qui ne retournera même pas dans le commerces local mais ira enrichir une bande d’actionnaires richissimes quelque part en Suisse ou je ne sais où. Les corporations ponctionnent tout l’argent et ne le réinjecte même pas dans l’économie locale… Je pourrais m’étendre là-dessus mais ce que je veux dire c’est que lorsqu’on est le témoin de choses comme ça, on se dit que tout cela est totalement injuste, que cela devrait être illégal en raison de l’effet immorale que cela a sur les gens, les familles et leurs enfants. Et tout ça continue de pire en pire ! Les supermarchés vendent de la nourriture de mauvaise qualité. Alors non seulement les petits commerçants perdent leur boulot, mais en plus ils ne peuvent eux même plus se fournir en bien de qualité. Parce que les grand groupe agro alimentaires vous vendrait n’importe quelle merde pour faire plus de profit. Des aliments à base d’OGM qui peuvent te rendre malade ou on ne sait quoi d’autre… et on ne peut rien y faire à part accepter ça ?
Revenons en à la musique, ton nouvel album « Ode 2 a carrot » est sorti, peux tu nous parler de cette collaboration avec Jah Tari ?
J’ai travaillé avec Disrupt sur cet album pour le label Jah Tari. Ce sont ses productions et on y a travaillé pendant environ 2 ans. Beaucoup de titres ont été composés en Live, et c’est moi qui ai eu l’idée de faire un « Ganja album ». Je disais à Disrupt en rigolant que j’ai toujours voulu faire un Ganja album mais personne ne me prendrait au sérieux. Mais il a été suffisamment courageux pour me dire « tu sais quoi, on devrait le faire ton ganja album ». Et ça été vraiment amusant de passer tout notre temps à écrire des ganja songs. C’était juste pour le fun, pas de stress et rien de très personnel là dedans.
As-tu d’autres projets d’album à sortir prochainement ?
En fait je viens d’enregistrer un autre album avec les Mungo’s Hi-fi, et il est déjà quasiement terminé. Tout a été produit par Tom Tattersall et par Craig. Cela va sortir dans pas très longtemps, je suis impatiente que ça sorte, ça sera très différents de ce que j’ai fait avec Jah Tari. Certains titres auront des cuivres façon Big Band année 50’s. Les productions de Tom sonne comme si elle sortait complétement d’une autre ère musicale. Un mélange d’influences très variés teinté d’un peu de Soul ou de Jazz parfois, et du reggae plus classique aussi, je pense que vous allez apprécier !