Producteur, Chanteur et toasteur à la voix grave et puissante, Solo Banton est un artiste polyvalent qui monte en force sur la scène reggae internationale actuelle. Bien qu'actif depuis de nombreuses années, Solo Banton ne s'est fait connaître du public que relativement récemment grâce à ces titres fulgurants "Talk to me", "Music Addict" ainsi que l'incontournable "Walk like Rasta". Rencontré à Belle-Ile-en-Mer lors d'un sound system estival organisé par le Promising Crew le 13 août dernier où il partageait la scène avec Deadly Hunter (son demi-frère) ainsi que l'artiste francophone Taïro venu en guest, Solo Banton a accepté de se livrer au jeu des questions-réponses pour Large Up. Rencontre.
Tout d’abord un grand merci d’accepter cette interview. Peux-tu te présenter et nous raconter comment tu as débuté dans la musique, en tant que producteur puis chanteur. Je suis dans la musique depuis aussi longtemps que je peux m’en souvenir. Depuis ma plus tendre enfance, j’ai toujours baigné dans la musique. Quand j’avais 11 ans, mon grand frère faisait partie d’un Sound System. A cette époque en Jamaïque il y avait des jeunes artistes de mon âge qui tournaient déjà sur scène comme Billy Boyo ou Beenie Man. Ils n’avaient que 12 ou 13 ans , et je voulais être comme eux. Donc c’est à peu près à l’age de 11 ans que j’ai pris le Micro pour la première fois dans le sound system de mon grand frère. Après ça, vers 16 / 17 ans, mes amis et moi nous avons monté notre propre sound system, c’est là que j’ai vraiment commencé à faire le DJ au micro. A cette époque, je ne prenais pas le chant au sérieux, je veux dire que ça n’allais pas plus loin que dans les sound. Quand j’ai fait mes premiers pas en studio, c’était en tant que producteur. J’ai travaillé pour pas mal d’artistes : Deadly Hunter, Prince Livijah, Mickey Murka... Je produisais la musique pour eux. Un jour alors que j’étais en studio pour travailler sur une chanson pour eux, juste avant que les artistes n’arrivent pour enregistrer les voix, j’ai fait un essai dans la cabine. J’ai commencé à chanter sur le riddim des vieux lyrics de l’époque de mon sound. C’était il y a environ 4 ans de cela. J’aidais souvent les artistes à écrire leurs lyrics sur les titres que je produisais, en leur donnant des conseils sur l’écriture ou le chant du genre « non ne le chante pas comme ça, essaye plutôt comme cela etc… » ; pour les conseiller et leur montrer comment faire. Donc ce jour-là, j’ai fait des essais dans la cabine c’était juste du warm up avant qu’ils soient près à enregistrer. Et puis tout le monde dans le studio a commencé à me dire « Solo tu devrais chanter ! » mais sur le moment, je leur ai dit que le chant ce n’était pas pour moi… Kris Kemist du label Reality Shock était là, à partir de ce jour Kris m’a constamment sollicité pour faire une chanson avec lui en me disant « allez, vas dans la cabine d’enregistrement ! » , et puis ça a fini par se faire, et c’est ainsi depuis. Peux-tu nous expliquer d’où vient ton nom et la signification du terme « Banton » ? Banton est un nom célèbre pour les artistes reggae. Depuis Burro Banton jusqu’à Buju Banton parmi les plus connus, en passant par Pato Banton en Angleterre, Uwe Banton en Allemagne etc…Le terme Banton est un mot très ancien qui date de l’époque de l’esclavage en Jamaïque. Il vient des Maroons, ces esclaves qui se sont échappés pour gagner les hauteurs des collines de la Jamaïque et vivre en hommes libres. « Banton » provient de leur language, il signifie « conteur d’histoire ». Les artistes jamaicains, ces DJ et Chanteurs qui ont beaucoup de lyrics, se dénomment « Banton ». Et si tu écoutes les DJ tel que Burro Banton qui était l’un de mes DJ préférés quand j’étais jeune, tu comprends de quoi il s’agit. Et pourquoi Solo ? Mes amis m’appelaient Solo quand j’étais tout jeune. Parce que je n’ai jamais été quelqu’un qui suivait la foule. Il y a beaucoup de gens qui ne vont nulle part à moins d’être accompagné par leurs amis. Et ça n’a jamais été mon cas. Si j’avais envie d’aller quelque part et que personne d’avait envie de venir avec moi, j’y allais quand même tout seul. C’est comme ça qu’ils m’ont appelé Solo. Peux-tu nous parler de ta collaboration avec Jah Tari. Comment l’as-tu rencontré et qu’est ce qui vous a amené à travailler ensemble ? C’est en travaillant avec Kris Kemist. Comme je le disais j’ai fait mes premiers enregistrements avec lui. On a fait une vidéo ensemble chez Kris qui s’appelait « Shockumentaries » avec Deadly Hunter et Mickey Murka. Jah Tari a vu cette vidéo et il a contacté Kris Kemist en lui disant qu’il voulait m’enregistrer pour faire un titre. Kris m’a fait écouter le riddim de Jah Tari, j’ai donc écris une chanson sur cet instru. Une fois fait, Jah Tari nous a dit qu’il l’adorait. Ils l’ont donc produit et fait un disque, c’est comme cela qu’est sorti le single « Talk to Me » sur le label de Jah Tari. Peux-tu nous expliquer de quoi parle les lyrics de « Talk to Me » ? Je voulais exprimer dans cette chanson le fait que je suis dans la musique depuis un moment déjà, bien que je ne sois connu du public que depuis peu. C’est une chanson que les sound system peuvent jouer en soirée pour dire qu’il sont des vétérans et que ça fait longtemps qu’il sont dans la place. A propos du titre « Walk like Rasta », quel est le message de cette chanson et que voulais-tu exprimer ? Le message de cette chanson est assez simple. A aucun moment je ne dirais que je suis parfait, jamais. Mais je crois fermement qu’un artiste qui se dit être un Rasta, et qui par là même se doit d’enseigner les paroles de sa Majesté (NDLR Haile Selassie), ne doit pas parler d’armes à feu dans ses chansons. Et qu’ils ne devraient pas chanter de Slackness (slackness designe les chansons aux paroles grossières et injurieuses) . Certaines personnes lorsqu’ils ont entendu ma chanson pour la première fois ont cru que je m’attaquais à Shabba Ranks et plus largement aux gens qui chantaient du slackness. Mais ça n’avait rien à voir avec Shabba. Quand j’étais gamin Shabba Ranks était mon DJ préféré ! C’est le « Grammy Kid » yu nu ? (NDLR Shabba Ranks est un des rares artistes jamaicains à avoir remporté un Grammy Award). Je ne peux pas mal parler de lui. Mon point de vue était que Shabba n’a jamais prétendu être quelqu’un d’autre que ce qu’il était. Shabba est ce qu’il est, il a dit ce qu’il a fait, et il a fait ce qu’il a dit et je n’ai aucun problème avec ça. Il faut être authentique avec soi-même. Ce n’est pas ce que j’aurais fait, mais je respecte le fait qu’il était honnête et authentique par rapport à ces actes. Pour en revenir à ma chanson, si un artiste se dit être Rasta et qu’il porte un message de Droiture (Righteousness), alors parler de guns et de slackness c’est une contradiction avec le message que tu dis véhiculer. C’est de cela que parle « Walk like Rasta » Penses-tu que la scène jamaicaine est peut-être trop envahie par le slackness et les guns lyrics ?Est-ce que cela faisait partie de ce que tu voulais dénoncer dans cette chanson ? Non je ne pensais pas particulièrement à la scène jamaïcaine, je parlais des rastas qui se trahissent eux-mêmes en chantant ce genre de chanson. De manière générale, et ça ne concerne pas que la musique jamaïcaine, ce sera beaucoup plus facile de faire son chemin en tant qu’artiste en chantant du négatif, plutôt que du positif. C’est aussi simple que ça. Et c’est valable pour à peu près toute la musique d’aujourd’hui : c’est la même chose pour le Hip-Hop. D’un côté tu as ceux qui nous gouvernent et qui se plaignent que le Hip-Hop c’est horrible parce qu’ils ne parlent que de choses négatives. Et d’un autre côté les premières vidéos que MTV Base veut diffuser c’est les titres de Hip-Hop qui parlent de ce genre chose. Et ce sont ces gens-là dont ils font la promotion : les plus grands artistes chantent du négatif. C’est le monde d’aujourd’hui, et pas seulement dans la musique. Je pense qu’on peut retrouver ça aussi dans l’industrie du jeu vidéo. Les jeux qui marchent fort et dans lesquels l’argent est investi pour pouvoir être vendu en masse au public; ce sont les jeux négatifs. Le monde d’aujourd’hui est ainsi fait, c’est un monde de négativité. Pour en revenir à ton actualité, tu es en tournée en Europe, quelles sont tes prochaines dates ? Ce n’est pas vraiment une tournée en fait, je rentre chez moi chaque semaine entre deux scènes. Ce sont des dates ponctuelles, mais je suis effectivement assez occupé dans les prochains mois puisque je serais en déplacement chaque week-end. On joue avec le Promising Crew ce soir à Belle-Ile-en-mer avec Deadly Hunter. Dimanche on rentre en Angleterre pour jouer au Boom Town Fair, ce sera une scène que je vais partager avec Deadly Hunter et le Uppercut Band, ce sera un show sur scène avec un groupe. La semaine suivante je serais à Rome, et puis la semaine d’après je serais au Uprising Festival en Slovaquie. Puis je me rendrais en Sardaigne, et ainsi de suite… Après je serais à Naples, puis Moscou, bref je suis bien occupé ! Le premier album de Solo Banton intitulé « Walk like Rasta » est disponible en téléchargement légal sur iTunes. Propos recueillis par Nino
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